Le plastique et le recyclage #2

Le plastique et le recyclage #2

Souvenez-vous, le 5 juin dernier c’était la journée mondiale de l’environnement. France Inter et Kombini avaient décidé de mettre l’accent sur le plastique avec une journée “Le plastique, non merci !”

Le plastique est un sujet vaste aussi j’avais commencé à en parler dans plusieurs articles. La diffusion récente de Envoyé Spécial sur le plastique me pousse à continuer l’exploration sur le plastique.

Bref, que fait-on vraiment des déchets triés et collectés ?

Voici quelques phrases glanées à droite à gauche quand je parle de mon travail (la sensibilisation et l’accompagnement au zéro déchet)…

L’imaginaire collectif fait tout pour se dédouaner du problème que représentent les déchets…

Alors : halte aux idées reçues !!

  • Toutes les poubelles sont mélangées, alors le tri ne sert à rien” “Les poubelles noires sont retriées.” C’est faux ! Si vous mettez du verre, des vêtements, des piles ou des emballages dans la poubelle noire, le sac restera fermé. Il ira soit à l’incinérateur, soit en décharge (ou enfouissement…) J’en parle plus bas.
  • Le tri est refait… alors c’est pas grave... Hum, hum… Alors certes le tri est contrôlé pour ne pas avoir d’erreur mais avant tout pour la répartition du métal, du carton, du papier et du plastique. Néanmoins, les erreurs de tri alourdissent la tâche des agents et prend donc plus de temps. Or ce sont nos impôts qui financent la collecte et la valorisation des déchets !

Une fois la répartition par filière de tri effectué, des balles sont constituées par type de filière. Pour le plastique c’est en fonction de sa composition…

C’est le départ pour l’ailleurs…

Une partie par en usine de recyclage.

Le recyclage du PET et du PE-HD sont les plastiques que l’on sait actuellement recycler.

Le plastique va être réduit à l’état de petites billes afin de pouvoir le fondre à nouveau et l’intégrer dans de nouvelles bouteilles plastique. Ce serait merveilleux si le taux de transformation était optimum et qu’il était moins énergivore… Or, les chiffres français se situent autour de 20% de recyclage du plastique.

Au niveau européen, on se situe 23e sur 28 pays en terme de recyclage du plastique. Pour en savoir plus : https://www.france24.com/fr/20151002-france-recyclage-plastique-mauvaise-eleve-dechets-environnement

Perte de qualité à chaque “recyclage”

D’ailleurs peut-on parler de recyclage du plastique ? En effet, à chaque transformation, ce plastique subit des altérations qui réduisent sa qualité. Ainsi on parle de “décyclage”. C’est cette dégradation qui explique qu’on ne puisse recycler décycler qu’un nombre limité de fois le plastique.

Cela explique également que l’on ne puisse réinjecter qu’une partie infime de plastique décyclé dans la composition de nouvelles bouteilles. 20% d’une bouteille est composée de plastique décyclé… et compte donc 80% de plastique vierge issu du pétrole.

Faible valeur sur le marché

De plus, la valeur du plastique entre en jeu dans la chaîne de production de nouvelles bouteilles. En effet, le plastique a une faible valeur sur le marché des matières premières.

“La chute du prix des matières premières rend en effet moins compétitifs le recyclage et la récupération par rapport aux produits neufs. Le prix du plastique neuf a chuté de 30 à 40 % ces dernières années”

Claude Solarz, vice-président du groupe PAPREC, l’un des principaux acteurs français du recyclage, du traitement et de la valorisation des déchets.

Le plastique : un générique

Non seulement, il y a une perte de valeur, mais en plus, il est très complexe à traiter à cause des alliages.

Selon les bouteilles, la qualité n’est pas la même selon que le PET est coloré, transparent ou opaque. Les additifs sont différents ce qui donne un PET d’une moindre qualité par rapport à du PET “vierge”.

Alors on a d’une part, un recyclage qui est limité :

  • en nombre de cycle possible
  • ne concerne que 26% des emballages plastiques… Il n’y a pas à aujourd’hui de filière de recyclage pour les pots de yaourts par exemple.
  • et a une faible valeur sur le marché ce qui ne le rend pas compétitif par rapport à du plastique vierge…

Que deviennent les 84% des autres plastiques collectés ?

Depuis plusieurs années, pour répondre à l’objectif de l’état de recycler 100% des emballages plastique d’ici 2025, la collecte des plastiques s’est étendue. Elle concerne 30% de la population et d’ici 2022, l’ensemble des Français pourra trier tous ses déchets d’emballages plastiques. Cela pose des enjeux en terme de devenir de ces produits collectés.

N’ayant pas les filières adéquates pour les recycler, trois options sont possibles :

  • La valorisation énergétique (41,7 % en 2011), c’est-à-dire les incinérer pour produire par exemple du chauffage urbain,
  • L’enfouissement (décharges) (39,1 % en 2011)”, selon un rapport de l’ADEME.
  • L’export vers l’étranger, notamment les pays d’Asie.

L’exportation du plastique

En effet, c’est plus rentable (à court terme) que de créer de vraies filières locales de recyclage. C’est légal à condition ne soient pas dangereux et qu’ils soient correctement pris en charge à destination. C’est ainsi que la Chine importait les déchets plastiques du monde entier.

L’Europe exportait 50% de ses déchets plastiques triés vers la Chine. Or, selon Zero Waste France :

“La réalité de ce commerce est néanmoins toute autre : parmi ces produits recyclables exportés, beaucoup sont non-recyclables et ne peuvent être traités. Du fait de standards environnementaux moins stricts que dans les États exportateurs, ces déchets ont ainsi été enfouis, empilés dans des décharges ou encore incinérés à l’air libre. Des villages entiers se sont retrouvés submergés par le plastique et ont subi une grave pollution, liée notamment aux additifs chimiques associés aux plastiques, impactant les réserves d’eau, les productions agricoles et la santé des communautés environnantes.

Zero Waste France : https://www.zerowastefrance.org/rapport-pollutions-exportation-plastique-asie/

Depuis la décision chinoise de fermer ses frontières au plastique en janvier 2018, la filière du recyclage mondial est dans l’impasse. Les déchets ont été redirigés vers d’autres pays d’Asie du Sud-Est. C’est le cas notamment de la Malaisie dont il est question dans la deuxième partie de l’émission Envoyé Spécial “Ma vie sans plastique” diffusée le 5 septembre.

Or il y a une faille dans le système car les déchets sont retrouvés déposés illégalement dans l’environnement. D’autres finissent brûlés dans des décharges illégales provoquant des nuisances sanitaires importantes. Je vous renvoie au reportage.

En 2018, la France a exporté 700 tonnes de déchets plastiques ménagers en Malaisie, indique à Konbini News Citeo.

D’où la question du devenir de ces déchets plastiques collectés… Que deviennent-ils vraiment ?

Incinération ou enfouissement (décharge enterrée)

Certains vont “finir” en incinération ou enfouissement quand ils ne sont pas exportés car il n’existe pas à ce jour de filière pour les recycler.

Pendant très longtemps, les professionnels du recyclage, Eco-Emballages en tête, ont considéré qu’il n’était pas rentable de recycler certains emballages en plastique (notamment les pots de yaourts, les films ou les sacs plastique) car ils prennent beaucoup de place pour peu de matière à récupérer. 

Tout ce qui part donc dans la poubelle “noire” est donc soit incinéré soit enfoui…

Incinération

Souvent, l’incinérateur est couplé à une chaufferie qui redistribue la production d’énergie (chaleur) et permet d’alimenter en chauffage et eau chaude une partie de la population alentours. C’est le cas pour les chauffages collectifs à Hérouville-Saint-Clair à côté de Caen. C’est un des modèles mis en avant par la Suède qui se retrouve parfois à court de déchets en hiver pour produire suffisamment d’énergie. Elle est donc contrainte d’importer des déchets, notamment des pays-voisins comme la Norvège.

Toutefois même si plus de 10 000 logements peuvent être ainsi chauffés, ce n’est pas la panacée. En effet, une fois la combustion effectuée, “il reste 250 kg de mâchefer et 30 kg de résidus issus du filtrage des fumées toxiques pour une tonne de déchets. On se retrouve donc avec plus de 25% de déchets sur les bras dont une partie sera utilisée comme matériaux pour les bâtiments publics, tandis que l’autre devra être stockée ou traitée au sein d’autres sites spécialisés.

Enfouissement / décharge

Par ailleurs le stockage en décharge n’est pas non plus idéal : “En raison de leur entassement, les déchets fermentent ce qui génèrent des émissions de méthane, un gaz à effet de serre très puissant. Ce processus de fermentation est aussi à l’origine d’un sorte de “jus” très pollué qui n’épargne pas toujours les sols et les nappes phréatiques”.

Extrait de Changer d’ère, l’air de rien de Valère Corréard (chroniqueur à France Inter).

Réduire à la source !

Face à ces chiffres et constats force est de constater que le “seul” tri et le fait de compter sur le recyclage ne suffisent et ne suffiront pas à endiguer tout le plastique produit.

  • J’ai l’espoir que les industriels développent rapidement de nouvelles techniques pour parvenir à recycler efficacement davantage le plastique actuellement non recyclable.
  • J’espère que les projets du ministère de l’environnement et de la transition écologique vont permettre de taxer plus cher le plastique vierge par rapport au plastique recyclé afin d’inciter à le réutiliser massivement. (C’est l’objectif pollueur – payeur.)

Alors on pourrait déprimer de ces reportages et chiffres accablants… Néanmoins, je trouve qu’il y a un réel engouement citoyen pour “faire sa part” et agir.

En effet, à mon niveau, ce que je peux faire de plus efficace, c’est limiter mes achats qui contiennent du plastique. D’où ma démarche zéro déchet / zéro plastique et les ateliers que j’anime sur ces sujets.

Et si vous souhaitez des chiffres positifs : de plus en plus d’épiceries et magasin ont une offre de denrées sans emballage, ce qui sensibilise un nombre croissant de gens au vrac.

A Caen pour citer l’exemple que je connais :

  • Une troisième épicerie vrac va ouvrir bientôt en centre-ville.
  • Un nouveau Biocoop a ouvert début septembre à Mondeville bourg.
  • Et deux camion vrac itinérants permettent aux ruraux d’avoir accès également à ces produits sur les marchés.

Tout le monde est concerné par la transition écologique alors pas à pas, “soyons le changement que nous voulons voir dans le monde”, comme le disait si bien Gandhi !

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